C’était, il y a un plus d’un siècle
Voila juste un siècle, commençait une aventure qui aurait pu changer radicalement la vie des certaines communes situées en bordure de l’Allier, près de Cournon. Un gigantesque projet de station thermale était lancé sur la commune des Martres de Veyre et celles qui l’entourent (Mirefleurs, Corent St Maurice). Découvrons sa naissance, sa vie et sa fin.
Nous somme le 4 novembre 1897, un courrier vient d’arriver sur le bureau de Monsieur Chouvet, maire de la commune des Martres de Veyre (il est précisé près de Cournon). Il émane d’un certain Monsieur Hannezo, comptable à Paris. Une lettre brève et précise. Il y explique simplement son souhait “de se rendre acquéreur de terrains communaux aux fins d’y créer une station thermale”. Le conseil s’empresse de répondre favorablement à ce qui “serait une source de richesse pour la commune” et souhaite rencontrer rapidement M. Hannezo pour préparer un projet de bail.
POURQUOI AUX MARTRES DE VEYRE
Pour présenter un tel projet, il est évident que Monsieur Hannezo a du effectuer un long travail préparatoire. Il sait que la commune possède depuis toujours de nombreuses sources qui ont déjà fait l’objet de plusieurs études, mémoires, ou bien encore de thèses. Si certains historiens affirment que ces eaux étaient déjà connues et utilisées par les romains, il faut attendre 1605 pour retrouver trace d’un document écrit. Ce plus ancien document rédigé par Jean Banc avait un titre plus qu’évocateur: “la mémoire renouvelée des merveilles des eaux naturelles en faveur de nos nymphes françaises”. Plus concrètement en 1734, J-F Chomel médecin du Roi et intendant des eaux minérales de Vichy publie un traité tandis que Raulin la même année “rappelle que le grand Colbert leur dut la santé et le cardinal de Mazarin la guérison de sa goutte.” Depuis de nombreux autres ouvrages ont été publiés (docteurs Nivet, Henri Lecoq, Bruyère…).pour vanter les qualités des eaux minérales du secteur.
Les eaux minérales des Martres de Veyre sont considérées comme riches principalement en bicarbonate, chlorure de sodium (sel) et gaz carbonique et bien d’autres matières encore. Elles seraient réputées efficaces dans de nombreuses affections (maladie du foie, de la rate, affection de l’appareil urinaire, rachitisme, diabète, goutte…) Les rapports des docteurs Dauzat et Finot précise même “qu’elles ont des vertus laxatives et purgatives mais il faut en prendre des doses considérables, de six à dix verres le matin”.
Mais revenons au projet de M.Hannezo. Quleques jours après sa première lettre du 4 novembre 1897, le conseil est de nouveau convoqué pour examiner un projet de bail locatif d’une durée de 99 ans. La municipalité demande quelques modifications dont “le droit de boisson pour tous les habitants et le droit de bain pour les indigents”.
Quelques mois passent et un nouvel accord est donné pour effectuer des recherches hydrauliques sur les terrains dit du Saladis et de Longues. Les résultats sont très satisfaisants et le 29 décembre 1898, le bail est signé. Il porte sur une durée de 99 ans avec un fermage semestriel de 500 F.
UN PROJET CONSIDERABLE
Le projet déposé par M. Hannezo est imposant. Dans un délai de 10 années, il est prévu un investissement d’un million de francs. Sur une surface finale de 45 hectares, l’investisseur s’engage à construire “un bâtiment thermal avec toutes les dépendances nécessaires à l’exploitation, un hôtel de 1er ordre, un système de tout à l’égout…”.
De plus un parc et un jardin seront réalisés. On retrouve dans le projet le souhait de “prolonger un canal existant et de l’alimenter par l’intermédiaire d’une pompe refoulante”. Il est facile de s’imaginer dans une petite barque, navigant sur le canal, à l’ombre d’une forêt d’acacias toute proche. Et le 12 novembre 1899, un pas de plus est franchi dans l’énormité du projet. L’ingénieur chargé de l’étude, M. Marchal prévoit la construction sur Mirefleurs de réalisations étonnantes. Il souhaite non seulement « y implanter un vélodrome et un hippodrome mais également un funiculaire pour monter au puy Saint Romain » (790 m), montagne toute proche de la future station thermale. Le conseil municipal approuve largement ce projet “qui présente des avantages considérables pour notre riche et fertile région”.
PREMIERS IMPAYES
Un an est passé depuis la dernière délibération importante et il semble que le projet soit tombé dans une certaine léthargie. Au mois de juin 1901, on retrouve sa trace et les problèmes abordés laissent apparaître un léger trouble quand au règlement de certaines sommes dues lors de la concession. Mais en novembre 1902; le conseil des Martres de Veyre invite le receveur a entamer des poursuites contre M. Hannezo qui doit la somme de 600.F correspondant à des loyers impayés. Il semble alors que le projet de station thermale bat de l’aile puisque rien n’a encore été construit et les loyers rentrent très mal. Lorsque le conseil se réuni en 1905 pour engager de nouvelles poursuites contre M. Hannezo, il reste peu d’espoir.
REPAIRES DU PASSÉ
Pendant que les conseils municipaux se réunissent et délibèrent, les habitants espèrent très vivement en cette nouvelle activité qui relancerait l’emploi après le désastre du phylloxéra dans les vignes. L’équipement du département quant à lui poursuit sa marche. Le conseil des Martres se félicite le 15 novembre 1899 de l’arrivée prochaine de “la lumière électrique” et en 1900, il demande la suppression du péage du pont de Longues afin de “supprimer toute entrave à la circulation”. Il est engagé en même temps par le département une grande étude dit de ”lignes de tramway” qui serait un peu le R.E.R. d’aujourd’hui. On pourrait rejoindre à partir des Martres de Veyre, aussi bien la commune d’Ambert que celle de St Amant Tallende. Il est évident que la commune des Martres de Veyre approuve totalement et émet le voeu “que le lieu ou un important établissement thermal est en voie de création soit desservi par une ligne de tramway.”
RELANCE DU PROJET
Alors que tout semblait se terminer, la “Société des Eaux Minérales et Thermales des Martres de Veyre et de Corent” est créée, son siège est à Lyon, 9 rue du Président Carnot et les premiers bulletins de souscription sont publiés. Le capital est de 1 million de francs divisé dix mille parts de 100.F. Le livret de souscription décrit bien sur, le bienfait des eaux minérales concernées avec références scientifiques à l’appui. Il précise même que la “cure de raisin” du à l’abondance de vignobles dans le pays “viendra ajouter un appoint à la future station”. Quant à l’étude financière, elle prend en compte toutes les réalisations nécessaires dont 10.000 F pour l’éclairage acétylène et 450.000 F pour l’établissement proprement dit. Il est fait également tout un calcul de rentabilité qui précise “que malgré une exagération des dépenses et une réduction volontaire des recettes , les capitalistes toucheront non seulement le 5% légal mais encore plus de 5% de dividende”.
Plus loin, il est aussi noté “que le Puy de Dôme est visité par plus de 100.000 étrangers (géologues, minéralistes, archéologues, peintres, botanistes, touristes etc….)”. A cette description, on peut comprendre que les congés payés n’existaient pas encore!
FIN DE LA STATION THERMALE
Les archives disponibles ne permettent pas de connaître la réussite éventuelle de la souscription lancée en 1905. Quoi qu’il en soit, le 9 mars 1907, soit dix ans après le premier courrier de Monsieur Hannezo, le conseil municipal apprend le décès de celui-ci. Le rêve se termine et en 1909 sa fille héritière demande la résiliation du bail. Le projet de station thermale a vécu, une page locale voir régionale vient de se tourner.
Cent ans après, les maires des Martres de Veyre et de Mirefleurs s’étaient donné rendez-vous sur les lieux aujourd’hui mis en valeur par le Conservatoire du Patrimoine (voir encadré). Ce serait mentir que d’affirmer qu’un brin de nostalgie ne traversait pas Jean-Pierre Decombas ou Alain Hébrard en contemplant le trou bouillonnant de gaz carbonique du Grand Saladis. Bouillonnant certes, mais désert.
L’histoire est ainsi faite.

Les photos présentées sont des vues d’artiste générées par Intelligence Artificielle. Cet article a été rédigé en 2020 par le co-fondateur du site, Jean-Pascal Beloin, décédé depuis.